DIAGNOSTIC PRENATAL Transmis par Pere Patrick le 27 septembre 2007 à 10:25 Sujet : Embryon |
 En matière d’embryologie génétique, ou de diagnostic prénatal, la Bioéthique musulmane se réfère à deux sources : la philosophie spéculative (KALAM) et la doctrine (FIQH) musulmane. Elle puise ses interprétations dans une réflexion humaniste tournée vers le progrès et le bien certes, mais dans une position théologique extrêmement stricte sur le principe du respect de la vie, en matière de dignité et d’inviolabilité, les prérogatives de la personne humaine et enfin sur le respect du cours naturel des phénomènes biologiques, en quelque sorte un déterminisme auquel Claude Bernard lui-même avait donné la dénomination de « principe directeur » et la religion appelle : volonté divine ou prédestination. Chaque être humain est lui-même « unique » et singulier, esprit autant que créature vivante. Un « personnalisme » musulman dans la pensée moderne, définit l’existence de l’homme comme irremplaçable par son essence et non modifiable par sa nature.
Dans le Coran, c’est Dieu qui donne la vie et c’est Dieu qui la retire. Science et Religion ne peuvent qu’aider l’homme dans son progrès et l’accomplissement de la Révélation. Toute intervention sur l’être vivant est assimilable à celle portée sur un être humain vivant, quelque soit le stade de son développement embryonnaire, foetal, ou post natal. Mais en tant qu’états précoces de la vie humaine, tous les stades embryonnaires, leur atteinte destructive ou leur manipulation est en contradiction théologique flagrante avec le deuxième principe qui édicte le respect du cours naturel inscrit dans la Loi de Dieu. Ces cellule embryonnaires ne peuvent en aucun cas être assimilées quelque soit leur stade à des objets ou à des choses. Clonage, eugénisme, thérapie génique germinale, organotypie et toute techniques qui transformeraient l’état naturel du vivant - sauf bien sûr dans un but thérapeutique démontré - sont choses interdites comme atteintes graves et pesantes à l’intégrité et à la dignité de l’Homme, et une menace pour l’espèce. Ceci en effet porte atteinte aux principes d’intégrité et de dignité du corps humain dès sa conception. Ce clonage particulièrement qui réplique par 4 ou 5 fois le même ovule fécondé pouvant donner lieu à 4 ou 5 êtres humains strictement identiques pose de graves problèmes théologiques de la transgression par rapport au projet divin par la perversion et l’irresponsabilité des pouvoirs techniques de l’homme, mais aussi, au plan juridique, psychologique et social une source de graves perturbations la singularité naturelle de la personne. Sans compter les dangers de mutations imprévues.
Le diagnostic prénatal, s’il doit aboutir à une interruption de grossesse précoce est assimilé dans l’Islam et dans des conditions extrêmement rigoureuses à une I.T.G., où le seul impératif catégorique reconnu est seulement lié à la survie de la mère ou à une létalité foetoembryonnaire certaine. Le détournement génétique contredit le principe islamique de la filiation parentale et du respect du patrimoine héréditaire, légitime ou légal. Par ailleurs nul n’a le droit de disposer de la vie d’autrui (Coran IV - 29, VI - 151) ni d’en modifier la destinée.
Les P.M.A., les explorations et recherches sur l’embryon doivent tendre vers les principes de conservation de
la vie, des progrès de thérapeutique, du respect de la dignité et de la dimension de la personne humaine totale dès l’apparition de la vie cellulaire : Comme dit le Professeur MATTEI : « Toute pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes en fonction des gènes, du sexe, des caractères physiques ou psychiques est interdite ». Il ajoute que : La découverte d’une Trisomie 21 pose problème de l’I.T.G. (Interruption Thérapeutique de Grossesse), ne doit pas faire l’objet de recherche systématique de Trisomie, comme base d’une politique eugénique systématique laquelle doit être prohibée. Sur le plan du statut embryonnaire le Coran indique : Coran 23 - 12 (Al Muminum) « Nous avons crée l’être humain d’un extrait d’argile puis d’une goutte déposée en un réceptacle sûr, puis avons fait de cette goutte une adhérence, puis un embryon recouvert d’os et de muscles. Enfin nous avons fait une toute autre création. Béni soit Dieu le meilleur des créateurs ». La Tradition musulmane (Ecole Hanbalite) veut y voir les stades de développement aboutissant au 120° jour à un être pourvu de l’esprit insufflé par Dieu. Pour Avicenne (Epètre de Médecin, mort en 1038) l’embryon s’individualise comme personne au 26°, 27° jour.
Le Diagnostic Prénatal
Il permet de reconnaître les anomalies génétiques et la détermination du sexe pour celles qui sont liées au sexe en devant léthales - Déficits immunitaires, factopathies, malformations et troubles (amniocenthèse, sang foetal, urine foetale, biopsies, etc... Elles peuvent également utiliser l’imagerie (Echographie, IRM) ou des procédés de vision directe (embryoscopie, foetoscopie)... Toutes ces méthodes sont utiles pour déceler des maladies anables avant ou après la naissance. Elles contribuent à la médecine de prédiction et de prévention. Mais il n’en reste pas moins que le diagnostic prénatal n’est pas un diagnostic ordinaire. Entrant dans le cadre général de la surveillance des grossesses, l’éthique religieux ne peut soulever aucune objection pour les méthodes indirectes les moins interventionnistes sur l’embryon. Mais certaines méthodes lourdes, traumatisantes peuvent présenter les dangers pour le foetus, parfois pour la mère. De plus les diagnostics peuvent révéler certaines anomalies aujourd’hui hors d’atteinte de toute thérapeutique et poser le redoutable problème de l’interruption de grossesse. Du reste une recherche systématique d’anomalies graves fait craindre les dérives vers une politique eugénique qui viole la loi naturelle et que l’Islam condamne comme autant d’assassinats.
En conclusion, le statut de l’être humain sur terre à toutes les potentialités d’un vicariat de Dieu sur terre, responsable par son libre arbitre mais aussi conscient de la Loi Divine et de la Prédestination du Projet de Dieu sur la Création.
Dr. Dalil BOUBAKEUR, Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris |