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La liberté de la femme dans l'IVG
Transmis par Pere Patrick le 27 septembre 2007 à 10:25
Sujet : Liberté
Liberté

Le concept de liberté de la femme a été un argument puissant pour aller au-delà de la loi Veil de 1975, qui a été voulue et votée comme une dépénalisation de l'avortement dans des cas de détresse pour mettre fin à la clandestinité des avortements, qui entraînait, en raison des techniques utilisées, une mortalité inacceptable chez les femmes qui y recouraient .

L'acte de l'avortement est devenu une revendication de la liberté de la femme, liberté de disposer de son corps comme elle l'entend.

B. Kouchner, ex-ministre de la santé, s'est exprimé en ces termes à propos de la révision de la loi Veil qui a porté le délai de 10 à 12 semaines pour pratiquer l'IVG : "il s'agit de donner aux femmes "la liberté de choisir d'être mère"" .

La liberté humaine est un droit fondamental, le plus précieux. La déclaration des droits de l'homme de 1948, dans son préambule, considère que "l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme".
Dans la détresse humaine qui pousse la femme à demander l'avortement, sa liberté est souvent un euphémisme : quand elle agit sous la pression familiale (cas de l'adolescente) ou celle du géniteur (qui menace de la quitter), quand elle agit pour des raisons économiques (misère sociale). L'autre argument qui est corrélatif à la liberté individuelle est celui de la liberté de conscience : la femme aurait, corrélativement à sa liberté, le choix d'agir en conscience, le choix de poursuivre ou non sa grossesse. Personne aujourd'hui ne nie qu'il faille agir selon sa conscience. La femme doit agir en conscience.

Mais sa conscience est souvent contrainte par la détresse ou la pression sociale, ou par les idées véhiculées par le corps social, ou sous l'influence de l'inconscient de son désir d'enfant. Et la femme n'agira pas toujours selon sa conscience mais dans un choix souvent de déchirement intérieur, parce que précisément laissée seule face à la décision de conscience. Malgré toutes ces limitations à sa liberté réelle, c'est bien la femme qui choisit de mettre fin ou non à sa grossesse.

L'indisponibilité du corps de l'embryon

Du côté de l'embryon, qu'a-t-il à dire pour sa défense ? C'est sûr que la question est incongrue et constitue une pétition de principe pour celui qui n'y voit qu'un amas de cellules.
Mais faut - il rappeler que l'enfant qui naît n'a pas encore de langage mais qu'il est la présence vivante d'un être humain unique. Et si on reconnaît un langage au fait qu'il exprime ses besoins par ses cris, son sommeil ou ses mouvements, peut-être pouvons-nous essayer de découvrir si l'embryon a quelque chose à nous dire.
Et pour cela il me semble qu'il y a deux approches scientifiques possibles : celle du biologiste et de la génétique d'une part ; celle du psychiatre d'autre part.

Sur le plan génétique, la première donnée incontestable est qu'au moment du processus de la fécondation, c'est à dire dès la pénétration du spermatozoïde dans la cellule oeuf, les deux gamètes des parents forment une nouvelle entité biologique, le zygote, qui porte en lui un nouveau projet-programme individualisé, une nouvelle vie individuelle. Dès la pénétration de la tête du spermatozoïde, ce n'est plus l'interaction de deux systèmes différents mais l'activité d'un nouveau système qui n'est pas la somme de deux sous-systèmes mais un système combiné qui a une unité et dont la structure coordinatrice est le nouveau génome, combinaison de 23 chromosomes du père et de 23 chromosomes de la mère, qui constitue le génotype du zygote. C'est ce génome qui identifie l'embryon unicellulaire comme biologiquement humain et en spécifie l'individualité.
Nier la nouveauté, l'individualité, et l'identité humaine de ce projet - programme , c'est nier les résultats certains de la science.
La seconde donnée résulte de l'observation des phases de développement à partir de la fécondation : le zygote a les caractéristiques suivantes : le fait le plus important est que ce nouveau programme n'est pas inerte ni exécuté à l'aide des organes physiologiques maternels qui se serviraient du programme du zygote comme un architecte lie un plan ; au contraire, il s'agit d'un nouveau projet qui s'auto - construit par son information génétique intrinsèque, et qui va s' appuyer pour sa croissance sur l'environnement, qu'il soit maternel ou non. Les résultats des fécondations in vitro montrent bien que ce processus dans les premières étapes n'est pas sous la dépendance du corps de la mère mais sous dépendance d'un milieu favorable à l'évolution du zygote.

Ce processus de développement possède trois propriétés biologiques particulières : coordination, continuité et gradualité. La coordination est assurée par le génome tout au long du processus de formation de l'embryon. C'est de cette conduite et de ce contrôle que dépend l'activité coordonnée de milliers de gènes structuraux qui implique et confère une nette unité à l'organisme qui se développe dans l'espace et le temps. La continuité est caractéristique du processus vital qui se déploie ; c'est toujours le même individu qui est en train d'acquérir sa forme définitive, même si cela passe par des stades évolutifs de division et de détermination cellulaire, de différentiation tissulaire et de formation des organes, et cela c'est la gradualité. C' est une loi intrinsèque au processus de formation des organismes pluricellulaires qu'un tel organisme acquiert sa forme finale en passant des formes plus simples à des formes toujours plus complexes. Cette loi de gradualité de l'acquisition de la forme finale implique que l'embryon maintient en permanence, depuis le stade unicellulaire, sa propre identité et individualité durant tout le processus.

On a voulu et on continue à vouloir déterminer scientifiquement le commencement d'humanité de l'embryon . Les hypothèses ne manquent pas, à la recherche d'un seuil significatif. Ainsi, l'embryologie privilégie les critères morphologiques : l'apparition de la gouttière primitive au 14ème jour, mise en place du système nerveux central, étant la référence chez les Angl osaxons (avant le 14ème jour, il s'agirait d'un pré-embryon). La génétique privilégie la constance des paires de chromosomes, ce qui fait remonter au deuxième jour de la conception. Selon un critère métabolique, on peut identifier le commencement de l'être à la conception.
Dr. Baird, de l'université of British Colombia, (Vancouver, Canada) a un argument étrange : "il est statistiquement peu probable qu'un zygote devienne un être humain car 80 % des zygotes transférés n'aboutissent pas à une naissance ." Ici, le fait de devenir un être humain est corrélé au fait de naître. Le discours qui cherche ainsi à définir à partir des stades embryonnaires le passage de la vie à l'humanité de l'embryon ressemble au sophisme du tas de sable : à partir de quel grain de sable précis passe-t-on d'un peu de sable à un tas ? Un vivant à mi-parcours de son développement est bien un être vivant en développement. On peut aussi remonter de la naissance à l'origine et s'apercevoir que les critères de viabilité du fœtus remontent le temps fœtal en fonction des progrès de la médecine .

Ainsi les limites législatives pour l'avortement n'ont aucun fondement scientifique quant à la non - humanité de l'embryon : elles sont purement arbitraires. Qu'est-ce qui rend alors licite à J- 1 ce qui est illicite à J+1 ? Ce n'est pas en tout cas un critère éthique. En dernière analyse, toutes les approches scientifiques ne sont que l'étude des phénomènes, et il est vain de demander à la science de se prononcer sur le statut ontologique de l'embryon.
Le professeur E-E. Baulieu écrit ceci : "Une vie humaine, un individu, c'est encore définissable...à partir de ce moment (le 15ème jour), on est sûr qu'il n'y aura plus séparation de jumeaux et donc seulement un individu, au sens strict du terme, avec le potentiel d'une personne. Mais c'est ici qu'il faut s'arrêter car on n'a pas le droit, parce qu'on n'a pas le savoir, de donner une définition péremptoire de l'existence ou de l'absence d'une personne, et moins encore d'être prosélyte d'une opinion ou d' une autre ."

Pour définir si l'embryon est une personne, certains appliquent le critère d'autonomie pour lui refuser ce statut de personne. S'il n'y a pas d'autonomie de l'embryon au sens de l'autonomie d'un adulte comprise comme liberté, il y a autonomie, dans le sens où l'embryon est à lui-même sa propre loi (auto nomos) puisqu'il se construit lui-même. D'autres font remarquer qu'avant les 22 - 24èmes semaines, le fœtus ne peut ressentir de douleur à cause de la physiologie de la perception des douleurs. Certainement, la capacité de sentir la douleur précéderait de plus hauts stades de développement cognitifs, tels que les pensées, les émotions, les états d'humeur." Telle est l'opinion de Mme B.Steinbock, philosophe de l'université d'Albany aux USA : "Pourquoi le manque de conscience est- il signifiant pour le statut moral ? Dire qu'un être a un statut moral, c'est dire que ses intérêts compteraient dans les délibérations morales. Les êtres non conscients, non sensibles n'ont pas d'intérêt, donc, il n'y a rien à considérer. Cela ne veut pas dire qu'ils ne doivent pas être protégés. Ils peuvent avoir une valeur, même une valeur morale. Mais n'ayant pas conscience de leurs propres intérêts, ils manquent d'avoir un statut moral. " La conséquence est claire pour l'avortement : "les avortements précoces (6 mois !) sont relativement non problématiques puisqu'ils tuent des êtres non sensibles qui n'ont pas de statut moral."

Mais comme le remarque le Pr Cuer, "autonomie, conscience, rationalité, pôles spirituels connectés à la dignité ne sont présents ni chez les nouveaux- nés, ni chez les comateux végétatifs ou les alzheimériens, heureusement pas encore expérimentés ni sacrifiés . " La réponse à l'objection du comateux ou du dormeur donnée par Mme Steinbock est que la conscience continue n'est pas une condition pour leur existence continue. Cette réponse ne touche pas le statut de conscience du nouveau-né qui est du point de vue de la conscience, comme l'embryon, sans conscience préalable, à la différence du comateux ou du dormeur. Et donc le raisonnement de Mme Steinbock devrait être que les nouveaux-nés non plus, n'ayant pas conscience de leurs intérêts n'ont pas de statut moral, conclusion qui serait alors cohérente sur le plan logique et monstrueuse dans ses conséquences éthiques.

Quant à la dépendance de l'embryon à sa mère, qu'elle soit nutritionnelle ou nidatoire, ellle est biologiquement de type extrinsèque, analogue à celle d'un enfant au sein ou celle d'un adulte qui a aussi besoin d'un milieu de vie, même si l'embryon est plus strictement dépendant du corps de la mère en l'état de nature et dans l'état actuel de la science.
Le corps de l'embryon est donc une réalité différenciée de celui du corps de la mère : aussi, dire que l'embryon est une partie de la mère est une erreur ou une vision de l'esprit de caractère anti- scientifique qui tend à l'idéologie .

Comment la reconnaissance de ces faits biologiques très parlants n'a-t-il pas conduit à se prononcer autrement sur le statut de l'embryon ? Sans pouvoir affirmer à partir de la biologie que l'embryon est une personne, le statut aurait dû plutôt être qu'un individu de l'espèce humaine distinct de sa mère, doit être respecté comme un personne. Avec le Pr Cuer, on peut s'en étonner : "dans une civilisation si marquée par les avancées scientifiques et les thérapeutiques afférentes au corps humain, dans une période où l'unicité corps-esprit, l'inviolabilité du corps, sont soulignés et juridiquement normés, les dons d'organes strictement conditionnés, il paraî t surprenant que la controverse sur le statut de l'embryon ait été orientée vers les seuls pôles spirituels et rationnels de la dignité ."

On pourrait même prendre en considération l'appellation de "corps étranger" utilisée par certains praticiens dans la pratique courante pour désigner l'embryon : l'avortement ne serait que l'ablation d'un corps étranger. Si les mots veulent bien dire quelque chose, on peut et on doit reconnaître qu'il s'agit là effectivement d'un corps étranger à la mère, mais pas d'une écharde ou d'une compresse oubliée : il s'agit bien d'un corps et du corps d'un autre être humain.

Pour conclure sur la liberté de la femme à disposer de son corps, cette liberté s'arrête à l'impossible liberté de disposer du corps de cet embryon qui n'est pas son corps mais un autre corps, un corps humain, qu'elle qu'en soit l'animation spirituelle ou son degré de conscience, qu'il soit une personne ou non. Il y a une indisponibilité du corps humain qui met une limite objective à la liberté de la femme.

Les recherches en psychiatrie sur le développement psychologique anténatal ouvrent de nouvelles perspectives pour le statut de l'embryon. Les travaux du Dr. Benoît Bayle, psychiatre, appuyés sur une étude bibliographique de 59 articles, peuvent évoquer de telles perspectives. Pour le Dr. Bayle, "l'être humain appartient dès sa conception à la catégorie des "êtres - conçu"….l'être conçu possède dès sa conception une identité psychogénétique riche de nombreuses déterminations psychosocioculturelles qui vont progressivement prendre sens ou non au cours de son devenir….Si l'expérience de l'embryon humain reste phénoménologiquement incommunicable, certains aspects de son développement psychologique peuvent être objectivés scientifiquement, mais aussi ontologiquement, à partir notamment d'une analyse logique du concept embryonnaire, c'est à dire d'une définition simple mais rigoureuse de l'embryon humain à partir de ses déterminations biologiques et psychosocioculturelles. D'autres interrogations apparaissent alors. Développement psychologique et développement de la personnalité ne sont-ils pas confondus ? Ne commencent - ils pas ensemble dès la conception humaine ?…Nous pouvons alors nous interroger sur le statut ontologique d'un être humain embryonnaire dont le développement de la personnalité a commencé. Ne sommes-nous pas tentés de dire que le développement personnel d'un tel être-conçu a lui aussi débuté ? Un être de l'espèce humaine dont le développement psychologique a commencé peut-il ne pas être une personne humaine ? "

Pierre, diplômé en "santé, éthique et droits de l'homme"

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